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Des associations de défense des personnes sans abri ont lancé un cri d'alarme mardi face aux températures caniculaires relevées dans 16 départements, exhortant les autorités à agir pour assurer la "survie" de cette population particulièrement vulnérable. Regardez Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le Logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre).
Regardez L'invité de Yves Calvi du 01 juillet 2025.

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Transcription
00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h19, bonsoir Manuel Domergue, vous êtes directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés.
00:09Merci de nous retrouver sur RTL.
00:11Une enquête a donc été ouverte pour déterminer les causes de la mort d'un SDF à Besançon.
00:16Les premières constatations de la police laissent penser que le décès est lié à la vague de chaleur.
00:22En tout cas, vous êtes d'accord pour dire que la question se pose ?
00:25Oui, évidemment, on sait que la chaleur, quand on vit à la rue, c'est un ennemi mortel.
00:28Il y a à peu près 30% des personnes qui meurent de la rue chaque année, qui meurent en été.
00:34On pense souvent évidemment au risque à cause du froid pendant l'hiver, mais en réalité, l'été c'est terrible.
00:39On le voit bien juste en se baladant dans la rue quand il fait 40 degrés.
00:42Imaginez si on doit dormir dans la rue, y passer la journée, avec en plus, on le sait bien,
00:46une santé des personnes sans abri qui est déjà très fragile, parfois aussi des addictions.
00:50Tout ça, c'est un cocktail qui est extrêmement dangereux.
00:52Donc par définition, ces vagues de chaleur sont un danger pour tous les mal logés et ceux qui vivent dans la rue aujourd'hui ?
00:58Oui, absolument. La chaleur, en fait, elle accentue les inégalités, les clivages qu'on connaît déjà.
01:03Donc les personnes à la rue sont en risque très grave.
01:06Et puis même les personnes qui ont un hébergement, qui sont à l'hôtel, en centre d'hébergement,
01:10on sait que ce n'est pas toujours adapté à la chaleur.
01:12Et même les personnes qui ont un logement, mais quand c'est un petit logement sous les toits,
01:16avec une hauteur sous plafond très basse,
01:18on sait bien qu'il y a aussi un confort d'été qui est vraiment désastreux.
01:22On ne parle même pas de confort d'été.
01:23Alors au même moment, la ministre du Travail appelle les employeurs à adapter au maximum les horaires et les conditions de travail.
01:29Près de 2000 écoles sont fermées pour éviter aux élèves d'être regroupés dans des classes à plus de 30 degrés.
01:34Est-ce que d'une certaine façon, vous avez le sentiment que les mal logés sont les oubliés de nos responsables politiques ?
01:40Oui, absolument. C'est normal de se préoccuper des écoles et du travail.
01:44Mais là où on passe le plus clair de son temps, c'est quand même dans son logement.
01:47Et les logements ne sont pas adaptés aux vagues de chaleur.
01:50Et pour ceux qui n'ont pas de logement, évidemment, c'est encore plus terrible.
01:53Le logement, c'est censé être une protection.
01:55Or, on a l'impression que les responsables politiques se réveillent là.
01:58Il y a un plan canicule pour amener des gourdes, des casquettes aux personnes à la rue,
02:02avec des maraudes un peu renforcées, c'est très bien.
02:04Mais qu'est-ce que c'est tardif et qu'est-ce que c'est insuffisant ?
02:07On ouvre quelques places en gymnase ici ou là.
02:09Mais je rappelle que rien qu'à Paris, il y avait 3500 personnes à la rue
02:12qui ont été dénombrées il y a quelques mois.
02:14Donc, on n'est pas du tout à la hauteur.
02:16Et en plus, quel sens ça a d'avoir un effort renforcé
02:19et qu'après-demain, quand il ne fera plus que 32 degrés, on va baisser cet effort ?
02:23En réalité, ce qu'il faut, évidemment, c'est un logement.
02:26Les personnes à la rue, elles meurent de chaud, elles meurent de froid.
02:29Mais en fait, elles meurent surtout parce qu'elles sont à la rue, tout simplement.
02:31Je suis frappé de voir, depuis le début de notre entretien,
02:33que vous évoquez une question qui est beaucoup plus large que celle que l'on croit.
02:36Parce qu'on s'interroge, et je vous interroge, sur le fait de prévoir des lieux d'accueil,
02:40même ouverts, etc., où l'on respire un peu mieux.
02:43C'est effectivement sans doute une question de survie.
02:45Mais vous dites que le problème est beaucoup plus grave.
02:47C'est celui de ce qu'on appelle maintenant le mal-logement.
02:50Oui, tout à fait. C'est beaucoup plus large.
02:52Il y a les personnes qui sont dans des hébergements précaires,
02:53des personnes en bidonville.
02:55C'est des dizaines de milliers de personnes en France qui sont concernées.
02:58Les personnes, gens du voyage dans des aires d'accueil,
03:01souvent à côté d'un échangeur autoroutier, etc.,
03:06où il fait extrêmement chaud dans des caravanes.
03:08Donc, en fait, il y a des millions de personnes qui sont un peu les oubliées
03:11et qui vraiment crèvent de chaud, quasiment littéralement,
03:14quand arrivent les vagues de chaleur de l'été.
03:17Et pour ça, il faut adapter des gens en urgence,
03:19avec des volets, des brasseurs d'air,
03:22adapter le bâti, des accueils de jour, des centres d'hébergement.
03:25Mais à terme, c'est d'avoir des rénovations sur les logements
03:28et que les gens aient ces logements.
03:30Parce qu'évidemment, le logement, ça vous protège du froid, du chaud.
03:32En tout cas, théoriquement, quand vous n'en avez pas,
03:35vous êtes à la merci de toutes les intempéries.
03:38Ça peut être le froid, le chaud, ça peut être l'orage,
03:39ça peut être les inondations et tout simplement la violence de la rue.
03:42C'est ça qui tue.
03:43Donc, c'est ça auquel il faut mettre un terme.
03:45Donc, les grandes vagues de chaleur sont comparables
03:47pour les plus fragiles au grand froid.
03:49Mais vous nous dites, et c'est votre combat,
03:51que le problème, c'est où on les accueille
03:53et comment on arrive à trouver, j'allais dire,
03:56des vraies maisons pour ceux qui en ont besoin.
03:59Absolument, c'est la philosophie qu'on appelle le logement d'abord.
04:02De dire que la solution, ce n'est pas que les personnes
04:04passent par toutes les strates de l'accueil de jour,
04:07de l'hébergement d'urgence, de l'hôtel.
04:09Il faut un logement.
04:09Il n'y a que ça qui sort de l'exclusion, de la précarité.
04:12Donc, c'est ça qu'il faut faire.
04:13Et en été, ce qui se rajoute en plus,
04:16c'est que non seulement il y a les vagues de chaleur,
04:17mais il y a aussi une forme de démobilisation générale.
04:21Les bénévoles, les citoyens, les associations,
04:23les travailleurs sociaux prennent des congés comme tout le monde.
04:26Et donc, il y a une moindre attention
04:28envers les personnes qui sont à la rue l'été.
04:31On sait que c'est aussi la saison des expulsions locatives
04:33ou des expulsions de bidonvilles.
04:35Et donc, les personnes se retrouvent à la rue sans solution,
04:38sans place d'hébergement.
04:39Il y a à peu près en ce moment 8000 personnes en France,
04:41chaque soir, qui appellent le 115 pour avoir une réponse d'hébergement
04:44et qui sont refoulées parce qu'il n'y a pas de place.
04:47Et donc, c'est tout ça qu'il faut réussir à changer
04:49et pas simplement amener des gourdes pendant trois jours.
04:518000 appels chaque soir en ce moment
04:54pour trouver une place où dormir
04:56qu'ils n'auront pas, je vous ai bien compris.
04:59Exactement.
04:59Dont 2000 enfants, 2000 mineurs avec leurs parents
05:03qui sont refoulés par le 115, faute de place.
05:06Ce n'est pas évidemment la faute des écoutants du 115
05:07qui cherchent des places.
05:09Quand il n'y en a pas, il n'y en a pas.
05:10En fait, on manque de place d'hébergement,
05:11mais surtout, in fine, on manque de logement
05:13pour les personnes qui ont des bas revenus.
05:15Le gouvernement ne se saisit pas de cette question
05:17ou n'est pas plus actif que d'autres qui l'ont précédé ?
05:22On voit bien qu'il y a un blocage très fort, évidemment.
05:24On ne peut pas dire que rien n'est fait.
05:26Il y a en France 300 000 places d'hébergement,
05:285 millions de logements sociaux.
05:30On n'est pas complètement démuni,
05:31mais c'est juste que ce n'est plus à la hauteur des besoins.
05:33Il faut une politique du logement social.
05:35Or, le logement social, depuis 2017,
05:37a été largement ponctionné,
05:39notamment fiscalement par l'État.
05:41Et donc, il s'est écroulé.
05:43La production de logements sociaux s'est écroulée.
05:45Le nombre de places d'hébergement,
05:46il a plutôt augmenté.
05:47Mais là, il est gelé depuis à peu près 2 ou 3 ans
05:49pour des raisons financières,
05:51mais je dirais même presque idéologiques.
05:53L'État n'a pas envie de faire plus,
05:54de consacrer plus d'argent.
05:56Il ne fait pas rien.
05:56Il y a déjà 2 milliards d'euros par an sur l'hébergement.
06:00Mais enfin, il y a des gens qui sont à la rue.
06:01Et la loi, elle est très claire.
06:02L'État, il a l'obligation d'accueillir en hébergement
06:05toute personne en détresse.
06:06Vous venez d'évoquer des questions idéologiques.
06:11On a l'impression que c'est pris dans ce contexte.
06:14Oui, parce qu'évidemment, il y a une question financière.
06:16Si on veut ouvrir des places d'hébergement supplémentaires
06:18en urgence, ça coûte quelques millions d'euros supplémentaires.
06:21Donc, dans le contexte, on sait que ce n'est pas toujours simple.
06:24Mais en même temps, on parle de la vie d'enfants, parfois.
06:27Pourquoi ?
06:27Si c'était vos enfants ou mes enfants,
06:29je crois qu'on trouverait des solutions.
06:31S'il y avait un ouragan, un tremblement de terre
06:33dans une ville de France, on trouverait des solutions en urgence.
06:35On ne se dirait pas, attendez, ça coûte x milliers d'euros.
06:38Donc, il y a aussi des populations qu'on abandonne
06:40quelque part, au sort de la rue.
06:43Notamment pour des questions de racisme, de xénophobie,
06:45parce que c'est des personnes souvent en exil.
06:48Mais la loi, elle est très claire.
06:49Toute personne en situation de détresse a droit à un hébergement.
06:52Comment font nos voisins du sud de l'Europe ?
06:53Italie, Espagne ou encore Portugal ?
06:55Où il fait plus de 46 degrés aujourd'hui.
06:57Nouveau record.
06:58Alors, ce sont des...
06:59Oui, bien sûr.
07:00Ce sont des pays, évidemment, qui souffrent, comme nous, de la chaleur.
07:02Après, il y a une habitude en Espagne, en Italie,
07:05historique, parce que c'est des pays plus chauds.
07:07Donc, les villes sont aussi plus adaptées, les logements sont plus adaptés
07:10depuis des décennies et des siècles.
07:12Il y a plus d'ombrages, il y a la couleur des murs, parfois, aussi plus adaptée.
07:16Mais enfin, évidemment qu'ils souffrent quand même de la chaleur,
07:19parce qu'on n'est plus sur les mêmes niveaux de chaleur d'il y a 10 ou 20 ans.
07:22Avant de nous séparer, même en quelques secondes,
07:24est-ce que vous avez un dernier message pour les autorités,
07:26comme pour ceux qui sont à la rue ce soir ?
07:28Oui, avec la Fondation pour le logement
07:31et des députés de huit groupes politiques différents à l'Assemblée,
07:35nous avons déposé une proposition de loi
07:36pour adapter les logements bouilloires aux canicules,
07:39pour lever les freins, pour installer des volets,
07:42des brasseurs d'air, rénover les logements.
07:44C'est assez simple, quand même.
07:45On espère que le gouvernement va soutenir cette proposition de loi
07:48qui est vraiment consensuelle, qui est transpartisale.
07:50Merci infiniment d'avoir été aussi clair, Emmanuel Domergue,
07:53donc directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés auparavant.
07:57Et Maüs, je le rappelle,
07:59toutes les villes françaises ont souffert des fortes chaleurs aujourd'hui.
08:03Tout est bien non, une ville bretonne résiste encore et toujours.
08:07Juste après le journal de 18h30 de RTL Inside,
08:09nous prendrons la direction de Brest,
08:11la ville où il fait bon vivre en temps de canicule.
08:14Il a fait 23 degrés aujourd'hui, Peggy Broch opine du chef.
08:17Et je valide.
08:18Agnès Bonfillon et Yves Calvi.

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