Le massacre de Sabra et Chatila, cinq jours et quatre nuits d'extrême terreur au Liban en septembre 1982 envers des femmes, des enfants et des vieillards, réfugiés palestiniens dans deux camps de Beyrouth, est une monstruosité de l'Histoire. Quarante ans après, il n'y a jamais eu aucun jugement, aucune condamnation ; seulement des commissions d'enquêtes bâclées. Et pourtant ce massacre a changé la face du Proche-Orient.
Par le prisme des témoins directs des évènements de 1982, leur regard, leurs souvenirs, leur engagement, ce documentaire revient au coeur de Sabra et Chatila. Pour la première fois, des archives déclassifiées - en Israël et au Liban - permettent de raconter précisément pourquoi et comment se sont déroulées ces cinq journées. Décryptage et radiographie, sous forme d'enquête historique, de ce dramatique évènement de Sabra et Chatila.
Par le prisme des témoins directs des évènements de 1982, leur regard, leurs souvenirs, leur engagement, ce documentaire revient au coeur de Sabra et Chatila. Pour la première fois, des archives déclassifiées - en Israël et au Liban - permettent de raconter précisément pourquoi et comment se sont déroulées ces cinq journées. Décryptage et radiographie, sous forme d'enquête historique, de ce dramatique évènement de Sabra et Chatila.
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00:00Nous sommes ici au camp de Sabra, un camp palestinien à Beyrouth et ce que nous avons vu est absolument atroce.
00:08Ça n'a rien à voir avec la guerre. Ce que vous allez voir est absolument épouvantable.
00:14Il n'y a aucune explication politique, il n'y a aucune explication humaine possible.
00:19Ce n'est que le fruit de la haine et on ne peut pas parler là-dessus.
00:28Et pourtant il faut le dire, il faut le montrer.
00:37Beyrouth a occupé Israël.
00:41Bachir Jumaïl a été assassiné.
00:44C'était l'année de tous les bouleversements.
00:51Il y a eu une volonté de nettoyer le Liban jusqu'au cœur de la capitale.
00:57Ils ont dit qu'on allait entrer dans les camps,
01:01qu'on allait tuer leurs sœurs, qu'on allait transformer Sabra Fshatila en un golfeur.
01:11Je ne sais pas comment j'ai réussi à le trouver ici.
01:17Le tourisme du monde est venu ici.
01:19Tout le monde est venu ici.
01:27Oui, c'était Goya, c'était Dante, c'était l'horreur, l'horreur, l'horreur.
01:46Fin août à Beyrouth Est, la ville chrétienne est en fête.
01:50Le petit peuple célèbre avec les phalangistes
01:53électionne la présidence de Bachir Jumaïl
01:56comme une victoire totale après cette année de guerre.
01:59Ils ignorent que le 14 septembre, leur idole Cheikh Bachir
02:03tombera assassiné par une main inconnue.
02:08Je l'avais rencontré quelques jours après son élection
02:12et je dois dire, il m'avait donné l'impression de quelqu'un
02:18d'extrêmement impressionnant par sa détermination,
02:22son amour du Liban, mais par rapport à son frère Amin,
02:27par rapport à son père, c'était un combattant
02:31qui allait effectivement se révéler implacable.
02:36Bachir Jumaïl s'est très vite imposé au début de la guerre
02:40comme le chef des militaires.
02:43Il avait énormément de charisme,
02:46il était adulé par ses partisans,
02:49c'était un jeune homme pressé, ambitieux,
02:53mais qui ne reculait pas devant la violence.
02:56Je peux dire que c'est un pays qui sera absolument démocratique,
03:00tout d'abord, c'est un pays qui devra recouvrir toute sa souveraineté
03:04et toute son indépendance sur toute la superficie du Liban.
03:08Il devra recouvrir toute sa souveraineté et toute son indépendance
03:12sur toute la superficie et sur tout le territoire libanais
03:16constitutionnellement reconnu et internationalement reconnu.
03:20Nous voulons notre souveraineté
03:22et que personne ne s'occupe de nos affaires intérieures,
03:25on est assez grand pour le faire tout seul.
03:27Vous pensez que les Syriens partiront ?
03:29Tout le monde partira.
03:32J'ai surtout été proche de Bachir Jumaïr
03:35et j'ai évolué petit à petit avec lui.
03:37Bachir était le candidat d'une option libanaise
03:41qui refusait la présence syrienne,
03:44la présence palestinienne
03:47et tout ce qui venait avec, si vous voulez,
03:50tout le messé qui venait avec, avec ma respect pour tout le monde.
03:54Un médié qui symbolise la cacophonie
03:57et une situation des plus chaotiques,
04:00d'un pays jadis décrit comme un modèle de cohabitation
04:03entre une myriade de communautés religieuses.
04:06Désormais occupé au nord par la Syrie,
04:09au sud par Israël,
04:11le Liban est en proie à la guerre civile depuis avril 1975.
04:15Dans Beyrouth coupée en deux,
04:18les milices chrétiennes phalangistes,
04:21maronites, druses, sunnites, chiites,
04:24pro-syriennes, palestiniennes
04:27s'affrontent et embrasent la capitale.
04:30Dans ce contexte, l'élection de Bachir Jemayel
04:33incarne un espoir pour les uns,
04:36la crainte pour les autres.
04:54Le Jemayel est l'un des plus hauts endroits de la région.
04:57C'est un village qui s'appelle le Naame,
05:00dans la région de Safad.
05:03Lorsque l'on a été expulsés en 1948,
05:06nous sommes nés en Liban,
05:09nous sommes venus à la campagne chrétienne.
05:12Avant l'extermination de Bachir Jemayel,
05:15on voyait des gens avec des visages rouges,
05:18qui disaient que l'endroit ne leur appartenait pas.
05:22Il y avait des mouvements incroyables.
05:25Chaque jour, les gens se réunissaient,
05:28les soirées et les assiettes.
05:31Ce n'était pas un discours militaire,
05:34c'était un discours terroriste.
05:37Jusqu'à ce qu'ils choisissent Bachir Jemayel.
05:40Lorsque Bachir Jemayel a été éliminé,
05:43tout le monde, le camp de Sabra,
05:46a été inquiet.
05:50C'est l'histoire d'une terre promise deux fois,
05:53qui remonte à 1948,
05:56date de la création de l'Etat d'Israël en Palestine.
05:59Chassés de leur terre et éparpillés dans la région,
06:02les Palestiniens se sont alors réfugiés en masse au Liban.
06:05En 1964, naît l'OLP,
06:08l'Organisation de la Libération de la Palestine.
06:11Dès lors, les différends entre palestiniens et israéliens
06:14se retrouvent dans l'Etat d'Israël.
06:17Dès lors, les différends entre palestiniens et israéliens
06:20déstabiliseront toute la région.
06:23Entre le 21 et le 31 août, les fédaïnes,
06:26les combattants palestiniens de l'OLP,
06:29quittent Beyrouth après sept années de guerre civile.
06:32Ce départ fait suite à un accord signé
06:35entre les différents belligérants du conflit,
06:38sous l'égide de l'émissaire américain Philippe Habib.
06:41L'accord Habib stipule que les combattants palestiniens
06:44devraient être libérés en Syrie,
06:47tandis que leurs familles et les civils palestiniens
06:50restent dans les camps de réfugiés
06:53où ils sont censés être sous la protection internationale.
06:56Mais la force multinationale, sous commandement américain,
06:59ne se donnera pas les moyens
07:02de faire appliquer tous les points d'un accord
07:05qu'Israël et ses alliés ne respecteront pas.
07:15Bonjour à tous.
07:18Voilà donc de quoi est faite d'abord l'actualité de ce jour.
07:21De ces deux morts de gens illustres
07:24qui n'ont certes pas le même poids sur les balances de l'histoire
07:27mais qui offrent l'une et l'autre matière à réflexion.
07:30Gemayel d'abord, il n'était guère besoin d'être expert
07:33en matière de politique libanaise pour prévoir que son élection
07:36il y a trois semaines à la présidence de la République du Liban
07:39ne réglait pas tout après huit ans de guerre civile
07:42par l'armée syrienne, au sud par l'armée israélienne.
07:45Seul un homme de compromis, d'équilibre entre les communautés
07:48pouvait tenter de réaliser l'impossible.
07:51Chef de clan, baroudeur et candidat qui plus est des israéliens,
07:54son élection ressemblait à une gajure.
07:57Tout observateur attentif du Proche-Orient le savait
08:00même si on ne le disait pas trop, histoire de lui laisser une chance
08:03de laisser cet homme très jeune s'imprégner de ses fonctions nouvelles
08:06de se dépouiller de sa défroque d'activistes partisans.
08:10Le 14 septembre, c'était un peu le ciel qui nous tombait sur la tête.
08:16Un président élu, à peine élu, assassiné de cette façon.
08:21Le journal a réagi par une énorme manchette où on lisait
08:27le titre du journal était « Comme un cèdre qu'on abat ».
08:31C'était un peu ça pour nous.
08:35Le 14 septembre, j'étais moi-même à mon bureau et puis on me dit
08:42il y a un grand problème, il y avait eu un attentat.
08:46Tout le bâtiment où il avait ses bureaux s'est écroulé sur lui.
08:50C'était un grand drame.
08:57Ce boum, on l'a entendu dans toute la ville, l'explosion.
09:02Il y a eu des heures où les rumeurs les plus folles ont circulé.
09:10Non, il n'est pas mort, non, il est seulement blessé, non, il est intact.
09:15Jusqu'au moment où on l'a identifié sous les décombres.
09:21C'était un coup de monsieur.
09:25Le 14 septembre, un membre des Mourhabitoun,
09:30c'est la seule milice sunnite en fait,
09:34parce que le Liban se reposait beaucoup sur des milices,
09:38les chrétiens avaient leurs milices,
09:40que Béchir Gemayel avait réunifiées par le sang avec les forces libanaises.
09:44Il y avait Amal qui avait sa milice chinoise,
09:49les drus avaient leurs milices,
09:52et les sunnites par exemple n'avaient pas,
09:55mais ils avaient les Mourhabitoun qui ne regroupaient pas que des musulmans,
10:00il y avait aussi des chrétiens.
10:02Et c'est justement un chrétien qui faisait partie de ce parti national syrien
10:10qui prônait la Grande Syrie.
10:12Parce que Damas bien entendu, vous voyez,
10:15ils savaient que Béchir Gemayel, ils le voyaient depuis 80,
10:18était quand même l'homme des Israéliens,
10:21donc il fallait à tout prix en finir avec Béchir Gemayel.
10:24Dans les 17 jours, ou plutôt la période qui a séparé le 23 août,
10:29le jour de son élection, au 14 septembre, le jour de son assassinat,
10:34il s'est présenté en président souhaitant réunir
10:40le plus grand nombre possible de Libanais
10:43pour édifier un État, pour la première fois, un État solide, impartial.
10:48Et ce discours a pu séduire une grande partie de la jeunesse libanaise
10:52et son assassinat a donc constitué un véritable choc
10:55et un tournant dans l'histoire libanaise.
11:11C'est une histoire banale de journaliste.
11:15Il y a un événement qui intervient, qui advient,
11:18et on fonce le plus vite possible avec les moyens mis à notre disposition
11:23parce que parfois dans les zones de guerre, il n'y a plus d'avions,
11:25il n'y a plus de bateaux, il n'y a plus rien,
11:27donc il faut être plus malin que tout le monde et arriver sur les lieux.
11:30Donc là, ça a été l'attentat qui a provoqué la mort de Béchir Gemayel.
11:37Avec mon ami Marc Simon, photographe, on s'est précipité.
11:41On savait qu'on pouvait aller jusqu'à Chypre,
11:44mais après Chypre, il fallait trouver un bateau pour aller jusqu'à Beyrouth.
11:48Il faut savoir que les Israéliens avaient envahi le Liban,
11:52mais pas encore pénétré dans Beyrouth,
11:56et on savait qu'on allait tomber dans une situation compliquée entre les Israéliens,
12:05les phalangistes qui étaient foudrages, qu'on était leur leader.
12:08En mer, on a eu une grosse désillusion.
12:11On a appris la mort de Graskelly dans une certaine voiture,
12:16donc pour nous, ce n'était pas la meurtrissure de la disparition de Graskelly,
12:22mais c'était la concurrence médiatique.
12:25C'est-à-dire qu'à partir du moment où Graskelly est morte,
12:28on sait que dans les journaux, il y aura assez peu de place
12:30pour nos petites histoires de politique internationale.
12:33On s'est dit que ça ne change rien, on fait notre boulot, on y va, et c'est comme ça.
12:40Mais ça a été un petit coup au moral.
12:43On s'est dit qu'on avait une forte concurrence.
12:52Curieux destin que celui de Graskelly, actrice talentueuse,
12:55distinguée par un prince qui lui offrit un jour sa main, sa couronne,
12:58et de partager son trône planté sur un caillou cossu dans un royaume d'opérettes.
13:02Grace de Monaco est morte, elle aussi, des suites de ses blessures après un accident d'auto.
13:06Cela ne changera rien au destin de l'humanité.
13:09Juste un deuil ordinaire, la peine ordinaire d'une famille célèbre
13:12qui nous était familière par la grâce des gazettes.
13:33Le 15, le lendemain de l'assassinat de Cheikh Bachir, on ne savait pas encore qui c'était.
13:47Il fallait prendre un peu de recul.
13:51Au moins, je parle comme service de renseignement.
13:54En 1982, j'étais le second de ce service de sécurité et de renseignement.
13:58Même plus tard, lorsqu'on avait mis la main sur la personne qui avait commis le meurtre,
14:06on avait gardé ce renseignement à huis clos, si vous voulez.
14:10Donc, au sein de notre service de renseignement, c'était déjà très cloisonné.
14:14Et même au niveau du commandement, c'était très cloisonné.
14:18Et même au niveau de la famille, c'était très cloisonné.
14:22Donc, rien ne me pousse à dire qu'au niveau du terrain, les gens et nos militaires savaient que ce n'étaient pas les Palestiniens.
14:34Mais pour tout le monde, c'était les Palestiniens.
14:37Parce que les Palestiniens étaient les grands perdants de l'opération israélienne.
14:43Et Bachir étant l'allié des Israéliens, c'était normal de penser que c'étaient les Palestiniens.
14:55Depuis le 6 juin 1982, les Israéliens occupent le Sud-Liban.
15:00Aujourd'hui, suite à l'assassinat du président libanais Bachir Jemayel,
15:04les troupes israéliennes font route vers Beyrouth-Ouest afin d'occuper toute la capitale libanaise.
15:09Une décision qui revient au ministre de la Défense israélien Ariel Sharon.
15:17C'était un forcing de la part de Sharon d'arriver jusqu'à Beyrouth.
15:22Considérant qu'il avait les mains libres, qu'il avait les possibilités sans trop de dégâts d'arriver à Beyrouth, il a continué la guerre jusqu'à Beyrouth.
15:33Cette invasion israélienne avait officiellement pour objectif d'éradiquer la présence du Fatah,
15:38le mouvement révolutionnaire palestinien qui était très présent au Sud-Liban.
15:42Donc il y avait chez ce gouvernement de Menachem Begin et d'Ariel Sharon un état d'hubris,
15:48une arrogance, une violence assez démesurée,
15:53et cette idée que l'on pouvait remodeler le réel par la violence,
15:58que l'on pouvait créer ex nihilo un Liban qui serait désormais un allié d'Israël
16:06et qui serait inféodé aux intérêts israéliens.
16:09Mais quand Bachir a été tué, les Israéliens, le 15, viennent nous dire que maintenant les choses ont changé,
16:19et puis ils disent qu'on n'est pas sûr que le nouveau président aura la même politique que Cheikh Bachir, et votre politique.
16:31Donc il devient impérial et nécessaire d'envoyer vos soldats dans le temps pour faire la police.
16:43Les Israéliens insistent.
16:45Écoutez c'est votre part de l'opération, vous n'avez rien fait jusqu'à présent, vous avez promis etc.
16:52C'est le moment de prouver que vous êtes nos alliés etc. et d'y aller.
16:58Oveka qui était là-bas promet, il leur dit écoutez, je peux ramasser des soldats qui sont un peu partout dans les zones chrétiennes,
17:10qui n'appartiennent pas nécessairement aux unités des forces libanaises, aux baraques des forces libanaises, pour faire ce travail.
17:20C'est le moment de prouver que vous êtes nos alliés.
17:50Alors quand Bachir est décédé, l'armée israélienne et le Mossad ont profité de leur relation avec certains éléments des forces libanaises,
18:07pas avec les forces libanaises comme entité, avec certains éléments des forces libanaises qui étaient proches du Mossad,
18:14formés par le Mossad et qui ont fait des entraînements en Israël.
18:18Ils avaient un brigadier comme quoi il faut venger Bachir, ça c'est insupportable etc.
18:25Vous savez comment on monte toute une orchestration.
18:29Et ils ont amené quelques éléments de l'armée du Liban Sud sous leur obédience.
18:39Et c'était ces éléments des forces libanaises recrutées par le Mossad et les éléments de l'armée du Liban Sud qui ont accompagné l'armée israélienne
18:50et qui ont été impliqués dans les massacres de Sabra et Châtillon.
18:57En plus il y avait un certain nombre de slogans qu'évidemment les phalangistes colportaient,
19:09du style « Ariel », Ariel Charonne, c'était un jeu de mots sur la lessive arienne, « Ariel va rendre le Liban plus blanc ».
19:21Et on sentait que quelque chose était imminent.
19:28Jeudi 16 septembre, Israël a choisi une fois de plus la solitude, la force et le défi.
19:37L'armée israélienne monte vers Beyrouth, l'assassinat de Bachir Gemayel la laisse provisoirement maître du jeu au sud Liban.
19:45Les militaires israéliens imposent le couvre-feu aux chrétiens et aux musulmans pour éviter l'enchaînement des représailles et de la violence.
19:54Le fait de voir des tanks, de la fenêtre de mon bureau, de voir des tanks israéliens défiler sous ma fenêtre, c'est insensé.
20:04C'était la première fois qu'une capitale arabe était occupée par Israël.
20:12À part ça, il y a eu des moments, je n'ose dire cocasses.
20:20Figurez-vous que deux personnes cornent à ma porte, à mon bureau.
20:29« Oui, nous venons pour mettre une publicité dans le journal. »
20:34« Ah bon ? Une publicité de quoi ? »
20:37« De biscuits et de pâtes alimentaires israéliennes. »
20:42Il venait ce matin-là, le matin de l'entrée des Israéliens, proposer, demander à passer un encart publicitaire dans le journal.
20:54« Vous me voyez à Beyrouth, en Beyrouth, indigné par l'entrée des Israéliens publiés. »
21:02Évidemment, on leur a montré la porte.
21:05Cette entrée des troupes israéliennes à Beyrouth, ça a été un traumatisme pour tout le monde arabe.
21:161982, c'est l'année où il y a eu une volonté de nettoyer le Liban jusqu'au cœur de la capitale.
21:29Quand on est arrivé sur le port de Beyrouth, la situation était tellement mauvaise,
21:34c'est que les Israéliens avaient commencé à entrer dans la ville.
21:39Donc le sort de Bachir Zemayel qui était réglé, et le sort de son frère qui allait devenir président, on s'en moquait un peu.
21:47Le problème, c'était l'entrée des Israéliens dans Beyrouth.
21:51Et là, on était dans une ville en guerre, et c'était assez violent.
21:55Et comment faire quand on est au-delà des lignes militaires pour aller au cœur ?
22:01Parce que notre objectif, ce n'était pas de rester derrière avec les soldats israéliens, ça n'avait aucun intérêt, c'était d'être de l'autre côté.
22:08Et puis là, on a trouvé un taxi assez culotté, enfin un type en voiture,
22:14qui nous a conduit jusqu'à une zone de frottement entre l'armée israélienne et la défense,
22:24qui était une défense de quartier, de milices, de gamins, ce n'était pas une armée constituée.
22:29Le gouvernement de Menahem Begin a décidé dans son implacable logique de terminer ce qu'il a commencé,
22:36l'expulsion de toute poche de résistance dans Beyrouth-Ouest.
22:41Il faut contrôler tout le Beyrouth.
22:44Retirer la poussière de Beyrouth, une fois et pour toutes,
22:48et retourner vers notre frontière et vivre en paix et en silence.
22:53Sharon avait, dès le départ, envisagé d'arriver à Beyrouth.
22:57Arriver à Beyrouth pour liquider totalement ce qui restait des contingents palestiniens sur place,
23:04qui étaient concentrés dans le camp réfugié de Sabra, Sabra et Châtil.
23:09Avant le début de l'invasion, il y avait des discussions très serrées avec Beshir
23:16d'impliquer les forces libanaises dans la guerre de l'armée israélienne,
23:22notamment pour sacrifier certaines tâches.
23:25Sharon tenait absolument à ce que les forces libanaises devraient s'occuper,
23:31se charger du nettoyage à Sabra et Châtil.
23:35C'était un des objectifs premiers de Sharon,
23:42d'éliminer ce groupe de résistance palestinien installé au Liban.
24:05Dans le camp de Beyrouth, il y avait des groupes de résistance palestinienne.
24:09Il y avait des lignes légères, parce qu'ils avaient plus d'avance sur Beyrouth.
24:13Nous avons vu ce que les armées israéliennes et les armées libanaises portent.
24:18Nous avons vu des gens avec des vêtements différents.
24:21C'est la lumière du jour.
24:23Des voitures avec des armés.
24:26Ils n'avaient pas l'apparence d'armes libanaises.
24:28Mais nous n'avons pas regardé ce qui se passait.
24:33Beyrouth était sous couvre-feu.
24:36Couvre-feu israélien.
24:38Les Israéliens ne rigolent pas.
24:41Ils tirent d'abord, ils parlent ensuite.
24:43Quand on arrive à Basta,
24:45qui est le quartier sunnite de Beyrouth,
24:48il y avait des groupes de résistance palestinienne.
24:51C'était un groupe de résistance palestinienne.
24:53C'était un groupe de résistance palestinienne.
24:56C'était un groupe de résistance palestinienne.
24:59C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:01C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:03C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:05C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:07C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:09C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:11C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:13C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:15C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:17C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:19C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:21C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:23C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:25C'était un groupe de résistance palestinienne.
25:27On voit les fusées éclairantes.
25:29Sans trop savoir, c'était sur les courants.
25:31Sans trop savoir, c'était sur les courants.
25:57Il y avait des fusées éclairantes.
25:59J'entendais le feu dans les couloirs.
26:01J'entendais le feu dans les couloirs.
26:03J'entendais le feu dans les couloirs.
26:05J'entendais le bruit du tourisme.
26:07J'entendais le bruit du tourisme.
26:09Peut-être que les enfants jouaient chez eux.
26:17J'y suis retourné.
26:19J'y suis retourné.
26:21J'y suis retourné.
26:23J'y suis retourné.
26:25Il me disait que j'étais mort.
26:27Il me disait que j'étais mort.
26:29J'avais peur.
26:31J'envoyais quelque chose en escalade.
26:33J'envoyais quelque chose en escalade.
26:35J'envoyais quelque chose en escalade.
26:37J'envoyais quelque chose en escalade.
26:39Il nous disait de venir là-bas,
26:41On allait pas le voir.
26:43On allait pas le voir.
26:45Certains jours,
26:47A quasiment miraillé,
26:49Ils nous ont vraiment disparu,
26:51Vous savez...
26:53et j'avais les mains en dessous de mon corps,
26:55j'avais juste le visage de mon père en haut.
26:57Ils m'ont sauvé,
26:59j'ai juste dû m'enlever,
27:01et je leur ai dit, écoute,
27:03j'ai sauvé les mains,
27:05j'ai tourné autour de la maison,
27:07j'ai fermé la porte,
27:09il y avait deux autres morts là-bas,
27:11j'ai fermé la porte de notre fenêtre,
27:13ils n'ont pas senti que j'étais à l'intérieur de la maison,
27:15c'est à peu près à 5 mètres de nous,
27:17je suis tombé sur leurs corps,
27:19et je suis sorti.
27:21Le deuxième jour, je les ai vus le matin,
27:23on s'est assis ensemble.
27:25C'est là que nous avons commencé
27:27à vivre la situation,
27:29à vivre la situation de peur.
27:31Je ne sais pas ce qui se passe,
27:33et je ne sais pas qui les a tués,
27:35mais mon père connaît tout,
27:37il comprend,
27:39il sait qu'il y a des tueries,
27:41c'est quelque chose qui lui fait peur.
27:43Mon père est parti
27:45et il est venu au Canada,
27:47il est venu, il est venu,
27:49il est venu,
27:51et il est venu.
27:53Le matin, je suis resté assis,
27:55mais mon père n'a pas dormi.
27:57Il est venu chez nous,
27:59il a voulu aller sur le sol de la maison
28:01pour voir si la maison était fermée ou pas.
28:03Il est sorti,
28:05ils l'ont vu, ils étaient en train de partir.
28:07Ils lui ont dit « Tu es venu ou tu n'es pas venu ? »
28:09Il est entré, il a tourné la maison,
28:11il a vu les oignons.
28:13Jérusalem, vendredi 17 septembre,
28:159h du matin.
28:17C'est là encore que les massacres ont commencé
28:19dans les camps palestiniens de Beyrouth.
28:23Après l'assassinat
28:25de Bashir Jemail,
28:29il y avait un danger imminent
28:31d'une anarchie totale.
28:35Nous étions forcés de prendre
28:37ces mesures,
28:39d'assurer pour l'instant
28:41la sécurité
28:43et l'ordre,
28:45et d'éviter
28:49le renouvellement
28:51de l'activité terroriste
28:53à Beyrouth.
28:55Le 17 au matin, on quitte Basta
28:57pour aller à notre hôtel
28:59et c'est là, à l'hôtel,
29:01en arrivant au Commodore,
29:03qu'il y a quelques rumeurs
29:05qu'il y a eu des exactions.
29:07Je n'ai jamais entendu le mot de « massacres »,
29:09des exactions dans les camps.
29:11Nous avec Marc, on s'est dit « C'est bizarre,
29:13c'est un peu au sud de Beyrouth,
29:15ça correspond aux zones des camps,
29:17qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »
29:19Donc on descend en taxi
29:21dans le sud de Beyrouth,
29:23à l'entrée du camp
29:25de Sabrachatila,
29:27et puis là, même chose,
29:29une ambiance très glauque.
29:33On s'est fait arrêter
29:35par des miliciens
29:39et ça allait très mal pour eux,
29:41on sentait les types
29:43qui étaient à la limite de la folie,
29:45je pense qu'ils étaient drogués.
29:47Là, il y avait une espèce
29:49de fureur décuplée
29:51parce que Bachir Jemayel
29:53avait été tué,
29:55leur chef avait été tué,
29:57donc ils étaient encore plus furieux
29:59que d'ordinaire.
30:01La drogue joue aussi un rôle
30:03dans cette histoire,
30:05parce qu'ils étaient tous ou beaucoup
30:07très, très, très drogués.
30:09C'est les milices
30:13de Elioubaïka,
30:15même les forces libanaises
30:17les appelaient les Apaches,
30:19les autres miliciens pour dire
30:21qu'ils étaient encore plus fous
30:23parce qu'ils étaient
30:25sans foie ni noir.
30:29Les phalangistes,
30:31c'est des miliciens,
30:33je veux dire que les phalangistes,
30:35si on remonte à l'origine,
30:37c'est Bachir Jemayel, le vieux,
30:39qui est allé à Berlin en 1936
30:41et qui a trouvé que ces jeunes gens
30:43en uniforme,
30:45qui obéissaient,
30:47qui chantaient des jolies chansons
30:49et qui levaient le bras,
30:51c'était quand même bien.
30:53Donc il y a eu au Liban
30:55une formation,
30:57une idéologie,
30:59un recrutement sur cette base
31:01et puis les phalangistes,
31:03ils sont très vite devenus
31:05les supplétifs,
31:07et plus que les supplétifs,
31:09des combattants israéliens
31:11puisque le chef d'état-major d'Israël
31:13a déclaré quiconque offense
31:15ou fait quoi que ce soit
31:17contre un phalangiste
31:19s'en prend à un soldat israélien
31:21parce que les phalangistes
31:23sont nos soldats
31:25et nous sommes les leurs,
31:27ils sont les nôtres.
31:29Donc il est très clair,
31:31les phalangistes allaient s'entraîner
31:33et ils étaient équipés par Israël.
32:03Tout au long de la route,
32:05j'arrivais à Chapac
32:07et je me suis rendu compte
32:09que ce n'étaient pas nous,
32:11mais les phalangistes,
32:13ce qui a déterminé
32:15la libération
32:17et la révélation.
32:33Dans le camp,
32:35et s'il y avait des éléments armés,
32:37il fallait ou bien les arrêter
32:39ou bien en finir, les tuer.
32:41Et aussi,
32:43c'était ma partie à moi,
32:45de collecter
32:47les renseignements
32:49qu'on pouvait trouver
32:51dans le camp.
33:03C'est la guerre de l'année dernière.
33:05On ne pouvait plus descendre
33:07du sol,
33:09nous étions dans la maison.
33:11Donc, il y a eu une enquête.
33:13Ils m'ont demandé
33:15ce que j'étais en train de faire.
33:17J'ai répondu que j'étais en train
33:19de réparer les téléphones.
33:21Ils m'ont dit que j'étais en train
33:23d'étudier l'art de l'art,
33:25de l'archéologie,
33:27de l'archéologie,
33:29et de l'archéologie.
33:31Donc, je travaillais en mode civil.
33:33J'ai répondu que j'étais en train
33:35de réparer les téléphones.
33:37Ils m'ont demandé
33:39si j'avais des renseignements.
33:41J'ai répondu que j'avais.
33:43Je suis allé dans la chambre,
33:45ils m'ont interrogé pour un moment,
33:47et ils m'ont dit que j'avais.
33:49Je leur ai dit que j'étais dehors.
33:51Je suis allé dans l'entrée du bain,
33:53et je suis resté dans la chambre.
33:55Je suis allé dans la chambre,
33:57et j'étais là-bas.
33:59Je suis allé dans la chambre,
34:01et j'étais là-bas.
34:03J'étais là-bas,
34:05et j'étais là-bas,
34:07et j'étais là-bas,
34:09et j'étais là-bas,
34:11et j'étais là-bas,
34:13et j'étais là-bas,
34:15et j'étais là-bas,
34:17et j'étais là-bas,
34:19et j'étais là-bas,
34:21et j'étais là-bas,
34:23et j'étais là-bas,
34:25et j'étais là-bas,
34:27et j'étais là-bas,
34:29et j'étais là-bas,
34:31et j'étais là-bas,
34:33et j'étais là-bas,
34:35et j'étais là-bas,
34:37et j'étais là-bas,
34:39et j'étais là-bas,
34:41et j'étais là-bas,
34:43et j'étais là-bas,
34:45et j'étais là-bas,
34:47et j'étais là-bas,
34:49et j'étais là-bas,
34:51et j'étais là-bas,
34:53et j'étais là-bas,
34:55et j'étais là-bas,
34:57et j'étais là-bas,
34:59et j'étais là-bas,
35:01et j'étais là-bas,
35:03et j'étais là-bas,
35:05et j'étais là-bas,
35:07et j'étais là-bas,
35:09et j'étais là-bas,
35:11et j'étais là-bas,
35:13et j'étais là-bas,
35:15et j'étais là-bas,
35:17et j'étais là-bas,
35:19et j'étais là-bas,
35:21et j'étais là-bas,
35:23et j'étais là-bas,
35:25et j'étais là-bas,
35:27et j'étais là-bas,
35:29et j'étais là-bas,
35:31et j'étais là-bas.
35:53La mort de Béchir, c'était l'étincelle,
35:55mais tout ça couvait.
35:57Il y aurait eu de toute façon
35:59des règlements de compte.
36:01On l'appelait
36:03D-76,
36:05je pense,
36:07H-4,
36:09qui est un fusil,
36:11un fusil militaire.
36:13Il avait
36:15un charisme
36:17qui était
36:19un peu
36:21extraordinaire.
36:23Mais lui, c'était plutôt
36:25le front,
36:27si vous voulez.
36:29C'était le militaire,
36:31c'était le contact
36:33avec le militaire,
36:35le politique, etc.
36:37Moi, c'était plutôt le renseignement.
36:39Ceux qui sont rentrés ce jour-là,
36:41c'était des unités un peu rock,
36:43si vous voulez. Le terme n'existe pas
36:45en français, j'imagine,
36:47mais on comprend un peu
36:49ce que le mot veut dire.
36:51Des éléments qui étaient un peu
36:53hors du système,
36:55qui vivaient hors du système,
36:57qui avaient rendu beaucoup de services
36:59pendant la guerre, etc.
37:01J'en connais quelques-uns
37:03qui étaient des héros même, etc.
37:05Voilà, donc,
37:07eux étaient disponibles.
37:09Ils ont été
37:11acheminés
37:13jusqu'à là-bas pour faire ce travail.
37:19Je ne sais pas
37:21ce qu'il s'est passé,
37:23mais je sais
37:25qu'il a donné la commande,
37:27ou plutôt,
37:29qu'il a dit
37:31ou qu'il a envoyé
37:33à ses hommes
37:35le message que Dieu
37:37est mercieux
37:39pour ceux
37:41qui l'ont.
37:43En fait,
37:45la radio des phalanges
37:47a été vendue
37:49sous le nom
37:51de TADER 35-00.
37:53C'est le TADER
37:55que j'ai envoyé à lui.
37:57Comme je l'ai déjà dit,
37:59c'est le TADER
38:01que j'ai reçu
38:03grâce à mon conducteur,
38:05qui était l'homme de Sigint,
38:07qui a fait
38:09ce fameux enregistrement
38:11sur lequel
38:13les phalanges
38:15ont été envoyés
38:17pour les hommes et les enfants
38:19qui ont été tués
38:21dans les camps.
38:45C'est le TADER
38:47que j'ai envoyé
38:49grâce à mon conducteur,
38:51qui a fait
38:53ce fameux enregistrement
38:55sur lequel
38:57les phalanges
38:59ont été tués
39:01dans les camps.
39:03C'est le TADER
39:05que j'ai reçu
39:07grâce à mon conducteur,
39:09qui a fait
39:11ce fameux enregistrement
39:13sur lequel
39:15les phalanges
39:17ont été tués
39:19dans les camps.
39:43On a ouvert la porte
39:45pour que les Israéliens puissent entrer.
39:47La langue a changé.
39:49On a ouvert la porte
39:51pour que les Israéliens puissent entrer.
39:53On a ouvert la porte
39:55pour que les Israéliens puissent entrer.
39:57J'ai peur.
39:59J'ai peur.
40:01J'ai peur.
40:03J'ai peur.
40:05J'ai peur.
40:07J'ai peur.
40:09J'ai peur.
40:11J'ai peur.
40:13J'ai peur.
40:15J'ai peur.
40:17J'ai peur.
40:19J'ai peur.
40:21J'ai peur.
40:23J'ai peur.
40:25J'ai peur.
40:27J'ai peur.
40:29J'ai peur.
40:31J'ai peur.
40:33J'ai peur.
40:35J'ai peur.
40:37J'ai peur.
40:39J'ai peur.
40:41J'ai peur.
40:43J'ai peur.
40:45J'ai peur.
40:47J'ai peur.
40:49J'ai peur.
40:51J'ai peur.
40:53J'ai peur.
40:55J'ai peur.
40:57J'ai peur.
40:59J'ai peur.
41:01J'ai peur.
41:03J'ai peur.
41:05J'ai peur.
41:07J'ai peur.
41:09J'ai peur.
41:11J'ai peur.
41:13J'ai peur.
41:15J'ai peur.
41:17J'ai peur.
41:19J'ai peur.
41:21J'ai peur.
41:23J'ai peur.
41:25J'ai peur.
41:27J'ai peur.
41:29J'ai peur.
41:31J'ai peur.
41:33J'ai peur.
41:35J'ai peur.
41:37J'ai peur.
41:39J'ai peur.
41:41J'ai peur.
41:43J'ai peur.
41:45J'ai peur.
41:47J'ai peur.
41:49J'ai peur.
41:51J'ai peur.
41:53J'ai peur.
41:55J'ai peur.
41:57J'ai peur.
41:59J'ai peur.
42:01J'ai peur.
42:03J'ai peur.
42:05J'ai peur.
42:07J'ai peur.
42:09J'ai peur.
42:11J'ai peur.
42:13J'ai peur.
42:15J'ai peur.
42:17J'ai peur.
42:19J'ai peur.
42:21J'ai peur.
42:23J'ai peur.
42:25J'ai peur.
42:27J'ai peur.
42:29J'ai peur.
42:31Le lendemain matin,
42:33on va dans les camps
42:35avec beaucoup de journalistes.
42:37C'est la colonne du journaliste
42:39qui va dans les camps.
42:41Évidemment,
42:43on a sauté dans des taxis
42:45et on est allés
42:47à Sabra et Chatilla.
42:49Et là, effectivement,
42:51c'était absolument
42:53dantesque
42:55et incroyable.
42:57On n'en croyait pas nos yeux.
42:59C'était hallucinant
43:01parce qu'il n'y avait personne.
43:03On rentre dans le camp.
43:05Je dis à Marc,
43:07première ruelle,
43:09on prend une ruelle à droite
43:11et là, on est tombés sur
43:13l'enfer de dantes,
43:15l'apocalypse, la boucherie.
43:17C'est une suite d'horreurs,
43:19notamment cette famille
43:21avec cet enfant qui était
43:23contre sa sœur
43:25et sa mère n'avait plus rien à faire.
43:27Nicolas, le père, le bébé,
43:29c'est un charnier, cette femme
43:31qui avait été violée.
43:33Il faisait chaud avec les corps.
43:35Moi, ça a gonflé.
43:37Moi, j'ai été guidé par un vieux palestinien
43:39qui recherchait sa famille.
43:41Et je voulais absolument,
43:43presque comme un comptable,
43:45savoir
43:47un peu l'ampleur du massacre.
43:49On sentait qu'il n'avait rien laissé.
43:53Même les animaux domestiques
43:55avaient été mitraillés.
43:57Vraiment, il ne voulait
43:59laisser aucune vie.
44:07J'ai essayé, enfin,
44:09de compter,
44:11mais je me suis arrêté
44:13au bout de quelques centaines.
44:15Après, j'ai continué dans le camp
44:17et c'est là que je voyais des enfants,
44:19des femmes violées,
44:21des vieillards.
44:23C'était l'horreur.
44:25L'horreur, l'horreur.
44:27Et en fin de matinée,
44:29les premiers bruits des femmes,
44:31des pleurs sont arrivés.
44:33Elles pleuraient.
44:35Je veux aller, viens-moi !
44:41Je veux voir mon jour,
44:43je veux me taire, viens-moi !
44:45Je t'aime, je t'aime.
44:47Je t'aime.
44:51À chaque fois qu'on poussait une porte,
44:53il y avait des gens massacrés
44:55dans les maisons, des gosses massacrés
44:57dans le berceau, enfin,
44:59c'était quelque chose de...
45:01Oui, c'était...
45:03C'était Goya, c'était Dante, c'était...
45:33Et on a tout de suite, nous,
45:35entamé notre propre enquête.
45:37On a remarqué qu'il y avait des...
45:39Sur les murs, au pochoir,
45:41des cèdres stylisés
45:43avec des flèches
45:45et military police
45:47qui indiquaient un cheminement.
45:49Et ce cheminement, on l'a suivi à l'envers,
45:51il partait de l'est, autrement dit
45:53de la zone phalangiste,
45:55passait derrière l'aéroport.
45:57Visiblement, il y avait des troupes
45:59qui avaient passé la nuit dans des hangars,
46:01mais des hangars, même pas
46:03des hangars d'avions, des hangars de marchandises,
46:05des choses comme ça,
46:07et qui étaient repartis de l'autre côté,
46:09vers la mer, pour rentrer dans les camps
46:11parce que les phalangistes n'étaient jamais venus
46:13à Beyrouth-Ouest.
46:15Ils ignoraient même le chemin.
46:17Et en remontant,
46:19on arrive à cet airplat
46:21qui donne sur l'aéroport de Haldé.
46:23En suivant les flèches,
46:25on arrive à cet...
46:27au PC israélien
46:29qui est un immeuble de six étages
46:31avec une terrasse au septième étage
46:33qui était toujours gardée
46:35par un char israélien.
46:37Donc, c'est ça, notre enquête.
46:39L'autre élément, c'est qu'on a découvert
46:41dans le...
46:43l'ex-quartier général
46:45des Israéliens
46:47des plans détaillés de l'invasion
46:49du camp de Sabra Chatila,
46:51alors qu'il avait entendu
46:53que les Israéliens
46:55ne rentreraient jamais dans ce camp.
46:57Pour moi, il y avait sur le mur,
46:59il y avait des...
47:01des dessins, des flèches
47:03avec les différentes unités militaires,
47:05etc.
47:07C'était clairement un plan de...
47:09de... comment dirais-je ?
47:11On va pas appeler ça une invasion,
47:13mais d'assaut, voilà.
47:15Ça nous a là aussi suffoqué, quoi.
47:17Et après,
47:19la topographie,
47:21on est monté dans l'ancien immeuble de l'ONU
47:23qui faisait six ou sept étages
47:25et depuis la terrasse,
47:27on voyait absolument la globalité
47:29des camps de Sabra Chatila.
47:31Autrement dit, les Israéliens ont vu
47:33ce qui se passait minute par minute.
47:55J'ai eu l'occasion de bavarder avec un des...
47:57militians
47:59qui avait participé à la chose.
48:03Qui avait tué,
48:05qui avait massacré.
48:07Il était drogué à mort
48:09en moment de la...
48:11de la...
48:13de la...
48:15de la...
48:17de la...
48:19de la...
48:21de la...
48:23du climat.
48:29Il n'était sans doute pas le seul.
48:33Ça s'est vu dans toutes les milices,
48:35en tout cas.
48:39Mais il me l'a confessé.
48:41C'est quand je me suis réveillé
48:43que ça a été très dur
48:45et très difficile.
48:47Très, très dur.
48:49Le réveil est très difficile.
48:51Heureusement qu'on se réveille,
48:53si vous voulez.
48:55Mais c'était la bataille
48:57des batailles.
48:59Même plus dure que toute la guerre.
49:03Je me demande ce qui est plus difficile,
49:05avouer au bon Dieu ses fautes
49:07ou avouer à soi-même ses fautes.
49:09Et pire,
49:11avouer aux autres ses fautes.
49:13L'historiographie, en général,
49:15présente cela comme une conséquence
49:17de l'assassinat
49:19de Bachir Jemayel
49:21que des partisans,
49:23particulièrement,
49:25en colère,
49:27voulaient venger sa mort.
49:29On a eu toute une littérature
49:31extrémiste
49:33en provenance de l'extrême-droite libanaise
49:35et en provenance d'Israël
49:37qui présentait les Palestiniens
49:39comme des parasites
49:41qu'il fallait...
49:43L'expression, d'ailleurs, utilisée,
49:45c'était qu'il fallait nettoyer
49:47ces camps.
49:49Ce sont des mots qui précèdent les tueries.
49:51Et là, vous avez entre 800 et 3000 victimes
49:53selon les sources.
49:55Donc, on est dans un massacre
49:57à grande échelle.
49:59Lorsque le président
50:01du Conseil des ministres israéliens,
50:03Menachem Begin,
50:05était critiqué par les médias internationaux
50:07sur ce qui s'est passé à Sabra et Shatila,
50:09il avait une formule terrible,
50:11il a dit
50:13« Killing goyim and they blame the Jews ».
50:15Ce sont des goïms qui tuent des goïms.
50:17Donc, ce sont grosso modo
50:19des Arabes qui sont en train de tuer
50:21d'autres Arabes.
50:23Pourquoi vous nous blâmez à nous, Israéliens ?
50:25J'ai beaucoup de regrets,
50:27pas seulement pour cette période,
50:29mais pour toute la période de la guerre.
50:31J'ai mélangé mon patriotisme libanais
50:33à mon identité
50:35de chrétien
50:37et à ma chrétienté aussi.
50:39Je l'ai vu.
50:41C'est ce que je lui ai dit.
50:43Je lui ai donné des noms
50:45pour qu'il les connaisse.
50:47Je lui ai donné des noms
50:49pour qu'il les connaisse.
50:51Pendant cette guerre,
50:53j'ai essayé de ne pas tuer
50:55de civils.
50:57Mais j'ai donné quand même l'ordre
50:59et j'ai tué moi-même.
51:03J'avais la conscience tranquille.
51:05Il m'a assuré,
51:07à ce moment-là.
51:09Quand c'est fini,
51:11je suis mort, mais je suis remis à la mort.
51:13Ceux qui m'ont tué,
51:15ils m'ont remis à la mort.
51:17Je suis remis à la mort
51:19parce que j'ai fait ma part.
51:21C'est ce que je respecte.
51:23On n'a pas l'habitude,
51:25comme en Occident peut-être,
51:27de parler du passé,
51:29de l'avouer,
51:31d'avouer ses responsabilités,
51:33de demander pardon,
51:35de se réconcilier,
51:37de réparer,
51:39on n'a pas l'habitude.
51:49Il n'y a pas d'avenir sans pardon.
51:51On ne sait pas pardonner.
51:53On préfère oublier
51:55ce qui ne résout
51:57jamais les choses.
52:39C'est ce que j'ai fait.
52:41C'est ce que j'ai fait.
52:43C'est ce que j'ai fait.
52:45C'est ce que j'ai fait.
52:47C'est ce que j'ai fait.
52:49C'est ce que j'ai fait.
52:51C'est ce que j'ai fait.
52:53C'est ce que j'ai fait.
52:55C'est ce que j'ai fait.
52:57C'est ce que j'ai fait.
52:59C'est ce que j'ai fait.
53:01C'est ce que j'ai fait.
53:03C'est ce que j'ai fait.
53:05C'est ce que j'ai fait.
53:07C'est ce que j'ai fait.